Queen - Innuendo (1991)





Style : Rock légendaire
Label : EMI
Pays : Angleterre

Je n'ai pas jugé utile de présenter Queen, l'un des plus grands groupes de l'histoire du Rock, je tiens tout de même à signaler que cette page Wikipédia résume parfaitement leur carrière.

Le contexte :

1990, les musiciens de Queen apparaissent à la télévision Britannique pour une remise d'Awards, on y voit un Freddie Mercury pâle et amaigri. Le groupe n'ayant pas tourné pour l'album The Miracle (1989), les spéculations sur la santé de l'homme vont bon train, elles sont cependant démenties rapidement. En réalité, le chanteur a contracté le virus du sida dans le milieu des années 80, une période de fêtes et "d'excès sexuels" aux retombées catastrophiques.

Queen cache la maladie aux fans. Fin 90, le groupe entre en studio pour l'enregistrement d'un nouvel album. La santé du chanteur se dégrade de jour en jour, l'entourage de la star se rend à l'évidence, Innuendo sera l'album testament de Freddie Mercury.

Vision personnelle :

Il y a 10 ans de ça, j'étais un jeune collègien inculte en matière de musique (pas que dans ce domaine d'ailleurs, mouarf...), je ne connaissais guère que les "tubes disco" qui font danser dans les mariages, anniversaires et autres fêtes franchouillardes (c'était pas la joie)...

Grâce à un ami (comme souvent en matière de Rock, le fameux bouche à oreille..), je suis guidé vers un premier groupe de classe mondial, Queen, qui hante mes premiers pas dans le monde de la musique.

C'est donc totalement au hasard (aucune connaissance sur la discographie du groupe) que j'achète mon tout premier album au titre étrange, Innuendo, format cassette, dans le supermarché du coin.

Je rentre chez moi, ma mère m'engueule "Qu'est-ce que c'est que ça encore", le début de la déchéance car pour elle, mes cheveux vont pousser (c'est pas faux) , je vais mettre la musique trop fort (c'est pas faux), je vais commencer à boire (c'est pas faux) et à me droguer (je suis un anti-drogues), mon esprit va devenir noir et violent (plus tard avec le Black metal, c'est pas faux), mes résultats à l'école vont baisser (c'est vrai !!, ça peut-être plus bas??)....

Enfin bref, j'appuie sur play :

Roulements de caisse claire par le batteur nommé Roger Taylor, One, two, tree, four...Son grave et pesant, énorme basse sur la grosse caisse, clavier inquiétant...La guitare fait son entrée en un larsen progressif des plus propres, quelques leads puis un accord puissant qui lance Freddie Mercury.

Je deviens sérieux, attentif, les premières notes d'Innuendo changent ma vie, la voix est magistrale, c'est géant, une révélation.

Mode "je raconte ma vie" OFF.

J'en reviens à aujourd'hui et j'écris cette chronique en écoutant Innuendo comme au tout début (nostalgie, nostalgie..). Je peux dire que ce chef-d'oeuvre de Queen me donne toujours autant de frissons, et ce malgré les centaines d'albums (et de genres différents) que j'ai entendu depuis mes années collège.

Le fait de désormais faire de la "musique" (oui, c'est encore un grand mot) me donne une nouvelle vision de cet album. Musicalement, je découvre des choses qui ne paraissent pas évidentes sans une certaine "oreille" et un certain recul, ces choses mêmes qui font crescendo mon admiration en vers "l'Art Queen".

Ce premier morceau éponyme, restera l'une des plus grandes "pièces" musicales qui m'aient été donné d'écouter, avec son côté "sombre et puissant", mais aussi paradoxalement "léger et Mainstream"..


Innuendo est bouleversant, impressionnant, complexe et original. L'introduction décrite plus haut restera gravé à jamais, la voix de Freddie Mercury aérienne et profonde me marquera pour toujours, l'enchaînement magistral de mots, d'une force indescriptible "Our lives dictated by tradition, superstition, false religion" donne l'impression de partir en révolution, en vers et contre tous...Queen y est ici fédérateur et énergique, sans pourtant être Hard Rock, Punk ou Metal, la musique du groupe et puissante et en impose.

Le passage acoustique fait redescendre la pression, soudain, la "guitare flamenco" s'invite à l'oeuvre, moment absolument fantastique et inattendu. On retrouve ensuite le célèbre travail du groupe sur les voix superposées, une des caractéristiques du "son Queen".

Gros break, solo électrique presque Heavy metal, le rythme est soutenu et redescend une nouvelle fois, Roger Taylor faisant un travail monstrueux derrière les fûts (jeu simple mais intelligent). Quand on entre en matière avec un tel morceau, que l'on passe à l'intérieur d'une même structure de quatre à cinq styles totalement différents dans un enchaînement parfait et sans un accroc, que peut-on espérer de plus?




(Clip qui rapportera un Awards)


I'm Going Slightly Mad, un autre des singles de l'album. Le mot fait peur, on s'attend à un titre radio insipide et commercial qui s'avère être finalement un nouveau chef-d'oeuvre. Freddie Mercury change de registre vocal pour un côté presque "crooner", le morceau est à la fois ironique et dépressif, bourré d'arrangements, de sons divers. On notera le superbe solo de Brian May, le travail du son fabuleux sur sa guitare....Une gamme de basse pour conclure le titre et on enchaîne avec un Headlong très Hard rock, puissant, mais doté de cette touche d'humour et de légèreté cher à Queen.

Encore un agréable moment, I Can’t live with you qui tabasse d'entrée. Rythmiquement moderne et groovy, il est relevé par un refrain très FM, immédiatement identifiable. On y retrouve le "true" Queen dans les choeurs, tout en étant très "frais" et inattendu. La classe. 

Don't Try So Hard,le 5 ème titre de l'album, se détache encore et encore du reste (et oui, c'est possible). Nappes de clavier, introduction sombre, Freddie Mercury est ici sublimé dans une ambiance enchanteresse. Un retour à l'opéra Rock. Que dire du solo de Brian May et de son feeling légendaire, le son aérien porte les notes du guitariste comme par enchantement, un chef-d'oeuvre dans le chef-d'oeuvre. Un des grands moments d'Innuendo, Don't Try So Hard déborde d'arrangements subtiles, résultat totalement atmosphérique et charmeur.

L'enchaînement des morceaux est parfait, et pourtant la musique varie d'un titre à l'autre au gré de l'inspiration des musiciens. Ride The Wild Wind débarque en parfait opposé de Don't Try So Hard, difficile d'identifier le style musical là encore. Texte très "kitch", petites touches de Hard Rock, passages vocaux stylés rap "Don't sit on the fence", qui répondent aux magnifiques lignes de chant de Freddie Mercury , arrangements habiles et modernes, grosse rythmique basse/batterie...On passe du coq à l'âne sans broncher, la guitare de May fait encore des miracles dans la profondeur sonore.

All god's People étonne lui aussi, on flirte avec le gospel version Queen. Faites bien attention à la rythmique, à la basse, ça groove. Impossible de décrire le genre, je ne peux dire qu'une chose, c'est réussi, totalement réussi.

Sur These Are The Days Of Our Lives Queen travaille ses percussions, une magnifique ballade emplie d'émotion, la voix de Mercury transporte l'auditeur. Le groupe se révèle aussi habile au moment de calmer le jeu, le petit côté bluesy en plus, une nouvelle réussite. 

Je passe rapidement Delilah, humour british dans lequel Freddie Mercury fait une déclaration d'amour à son chat (vous entendrez la guitare miauler). Un morceau agréable, plus éloigné de mes goûts musicaux (faisant rappeler la carrière solo du chanteur), mais qui prouve que Queen continue les légèretés malgré la situation.

Plus proche de ma vocation, The Hitman, le deuxième titre typé Hard Rock (cependant assez différent du premier) contraste parfaitement avec Delilah. Du gros breaks, une guitare saturée, des changements de rythme, des vocaux aériens, une longue partie musicale finale où Brian May fait encore et toujours des miracles...Nous sommes ici à la limite du Heavy Metal, un excellent moment.

Bijou, interlude quasi-instrumentale qui porte bien son nom, démonstration du feeling de May avec le son cristallin de sa "Red spécial". Quelques vers pour un rendu sombre et solennel.

You and me Are destined
You'll agree
The spend the rest of our lives with each other
The rest of our days like two lovers
For ever - yeah - forever
My Bijou


Dans sa plénitude totale, Bijou donne des frissons, il sert de pont entre la fougue de The Hitman et le morceau ultime, comme pour recadrer l'auditeur, le préparer à la grande fresque musicale finale.

Mine de rien, l'ambiance est pesante, les premières notes de The Show must go on enfoncent le clou. Ce morceau, ultra-célèbre, devient donc le testament de Freddie Mercury. Une fin parfaite tellement il se dégage une atmosphère mélancolique et nostalgique oppressante, une envolée de notes vers le ciel (putain ça y est, je fais dans les jérémiades).

Des adieux presque guerriers, The show must go on monte en puissance et devient un hymne à la vie, la voix de Freddie Mercury est absolument grandiose (inégalable), les solis de Brian May deviendront cultes, un moment d'anthologie, écrasant, dramaturgique...Grand, tout simplement.

Le tic-tac des aiguilles du temps concluent l'album et s'envolent dans le lointain, après 54 minutes de pur bonheur. Un dernier opus bigarré, mais contenant une atmosphère indescriptible qui rassemble les compositions en une osmose assujettissante (mot qui correspond parfaitement à la situation). Une dernière oeuvre majeure dans la carrière de Queen et dans l'histoire de la musique. Magique.

Pour conclure : L'album et les singles "Innuendo" et "The show must go on" entreront directement et logiquement en tête des ventes. Quelques mois plus tard, Freddie Mercury décédera de sa maladie après avoir vécu une longue période de souffrance (Il ne pouvait plus rien supporter sur sa peau, entre autre, il lui fallait des tissus fabriqués spécialement pour lui). Avant de mourir, il aura légué plusieurs millions de livres pour la recherche contre la maladie, sans surprise.

Entre 90 et 91, le chanteur s'était retiré à Montreux (Suisse) où il enregistra avant de mourir des vocaux qui serviront au reste du groupe pour la conception de l'album: "Made in Heaven", sorti en 1995.

Devant le lac Léman, gît une magnifique statut hommage, le dernier paysage contemplé par Freddie Mercury, tout un symbole.

1992, un concert hommage rassemblera Metallica, EltonJohn, David Bowie, Guns 'n' Roses, Extreme, Seal, Del Leppard, Robert Plant (Led Zeppelin), Tony Iommi (Black Sabbath), Roger Daltrey (The who), Bob Geldof, Gary Cherone, U2 (en différé, le groupe étant en tournée en californie), Paul Young, Zucchero, Lisa Stansfield, George Michael, Liza Minelli ou encore Spinal Tap.

Une preuve de l'impact de Mercury sur le monde de la musique. Le concert sera diffusé à la télévision devant 6 300 000 personnes en Grande-Bretagne (un fait unique), mais aussi dans 70 autres pays pour près de 1 milliard de téléspectateurs.

En viendra également des albums "tributes", dans le but de récolter des fonds pour la lutte contre le sida (comme pour le concert), voici Bohemian Rhapsody avec Bruce Dickinson (Iron Maiden) en duo avec la célèbre chanteuse d'opéra Montserrat Caballé :




Line-up :

Freddie Mercury (chant, clavier)
Brian May (guitare, chant, harmonies, clavier)
Roger Taylor (Percussions, harmonies, chant)
John Deacon (Basse, clavier)

Invité : Steve Howe (partie guitare classique sur Innuendo)



                                                                                                                                                                                   Par Jérôme